Les Chroniques d'Arkhan

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Si Tharbas m'était contée (1ère partie)

De l'esclavage

n jour que le jeune Farim rentrait du marché, il croisa la route d’un homme vêtu bien richement.Comme ils se faisaient face sur le pavé, Farim décida de laisser passer cet homme à la fière allure, visiblement de bien plus riche extraction que le pauvre élève d’Ibn Fathaoui.Pourtant, l’homme s’écarta et n’hésita pas à tremper ses babouches finement brodées d’or et rehaussées de pierreries, dans la boue.Farim voulu s’adresser à cet homme, qui devait le prendre pour quelqu’un d’autre, mais celui-ci lui présenta le geste de soumission des esclaves, à savoir mettre le genou gauche au sol.Troublé par ce geste et par le fait que cet esclave paraissait plus riche et nanti que lui, Farim rentra bien perturbé à la maison de son maître Ilmad Ibn Fathaoui.Le trouvant bien moins bavard qu’à l’accoutumée, le maître l’interrogea et le jeune Farim lui raconta toute l’histoire.

e maître lui tint les propos suivants :

"onc mon jeune élève, tu viens de rencontrer un esclave qui te paraissait pourtant issu de la plus haute extraction. Je comprends ton désarroi et je le partage. Je fais partie des fervents opposants à la notion pervertie de l’esclavage, issue des temps immémoriaux de la civilisation tharbianne naissante.En effet, il y a des décades de cela, il était tout à fait normal de se servir en chair humaine après la défaite d’un ennemi. Bien des fois, les guerres se sont terminées par le paiement d’une rançon comptée en cœurs humains qui battent encore plutôt qu’en nombre de cadavres laissés sur les champs de bataille. Bien des nobles préféraient perdre quelques paysans plutôt que de voir mourir la fine fleur des enfants de leurs vassaux ou de ces mercenaires qui coûtaient si chers à nourrir et entretenir.Parfois même, les esclaves ainsi récupérés servaient de chair à sabre lors de conflits avec les contrées dont ils étaient issus. Ironie de la vie, cruauté des dirigeants … On peut comprendre que la sauvagerie des temps anciens permettait le commerce de la chair humaine. De nos jours, par contre, l’esclavage est à mes yeux une hérésie, pire que la remise en questions de nos textes sacrés.

e droit de possession est applicable à la chair des animaux aussi bien à celle des humains … mais la comparaison s’arrête là ! Mais cet avis est loin d’être partagé par de nombreux richissimes notables ou nobles qui voient en une importante maisonnée d’esclaves matière à vantardise. Pourtant, quoi de plus déplorable qu’un esclave ? Imagine que ces personnes, il faut les nourrir, les vêtir, les entretenir, même lorsqu’elles ne te sont plus d’aucune utilité ! Aucun notable ne voudrait être accusé d’avoir laissé mourir, pire d’avoir fait éliminer, un vieil esclave qui lui a été fidèle toute sa vie...

t avec les lois d’héritage, et de droit de possession, les esclaves deviennent parfois aussi, voir plus riches que leurs maîtres. Pourtant, aucun notable ne voudrait également être accusé d’avoir vendu sa liberté à un esclave ou même rendue, sacrilège des sacrilèges, gratuitement !

lors nous assistons à des scènes dignes des contes des milliers de nuitées, scènes où un notable est accompagné dans la rue par un esclave mieux nantis que lui ! Je te le dis, nos esclaves sont une source de coût bien plus qu’une source de profit. Honte aux Tharbians qui, par soucis de vantardise, acceptent cette charge financière inutile. Néanmoins, certains esclaves talentueux sont devenus des artisans reconnus, voir des marchands renommés mais aucun n’a jamais accédé à la liberté ! Je dirais également que ces esclaves sont une insulte à la grandeur tharbianne car ils sont une preuve vivante de la possibilité qu’ont les esclaves à devenir les égaux des citoyens tharbians.

ne solution existe à mes yeux. Le mariage entre une ou un esclave et un tharbian ou une tharbianne, annule la condition d’esclave. Que ne voit-on pas des Tharbians murs prendre pour deuxième ou troisième épouse une belle esclave encore fraîche quand les charmes de sa première femme, promise de longue date, s’en sont déjà allés depuis de nombreuses années. De nombreuses matriarches de puissantes familles n’hésitent pas à s’unir à un vigoureux jeune prisonnier étranger.

ès lors, le nombre d’esclaves devrait aller en diminuant mais ce serait sans compter avec la cupidité de certains marchands de chair qui trouvent toujours un moyen de s’alimenter en matière première. Les guerres de nos voisins ainsi que certaines actions illégales resteront toujours une source intarissable pour eux. Une bonne partie de ces hommes du Nord que tu rencontres dans nos rues ne sont pas là pour autre chose que la vente de leurs prisonniers qui viennent gonfler le rang de nos esclaves et pousser peu à peu l’économie tharbianne vers sa chute.

ertains notables de Etats-Marchands l’ont bien compris et ont limité la possession d’esclaves à 2 unités par membre de la famille qui les accueille. Sage décision que voilà mais quand sera t-elle généralisée à l’ensemble des Etats-Marchands, nul ne le sait … »

De l'origine des Sans-Visage

son jeune disciple, Farim, qui lui demandait d’où venaient ces hommes sans visage qu’ils croisaient dans toutes les cités de Tharbas, le sage Ilmad répondit :

l y a bien longtemps de cela, bien avant que le grand-père de mon grand-père voie le jour, un riche marchand de Tharbas fut ruiné. Jusque là, rien de vraiment inhabituel mais tu dois savoir, jeune Farim que les circonstances de cette ruine étaient exceptionnelles. Ce marchand avait réalisé un accord commercial avec son beau-frère dans le but de ramener par mer des soieries venant de l’Ouest. Le marchand avait avancé l’argent de l’expédition au nom de l’entente familiale alors que son beau-frère organisait le transport proprement dit. Le bateau parti bel et bien comme prévu, au jour prévu et à l’heure prévue. Les semaines passèrent. Au jour du retour, le quai resta désespérément vide. Le lendemain également. Les jours commençaient à s’écouler sans trace du navire. Petit à petit, un rituel s’installa pour le marchand qui venait chaque matin attendre au port et repartait avec l’extinction des derniers feux de navigation, tard dans la nuit.

u bout de quelques semaines, le bateau fut déclaré perdu et le marchand du rembourser l’emprunt effectué à son nom pour financer cette expédition audacieuse. Malheureusement, vu les jours qu’il avait perdus à attendre tristement le retour du bateau, ses affaires avaient doucement périclité et les dettes étaient apparues. Ne pouvant rembourser celles-ci, la justice saisit tous ses biens et il se retrouva jeté à la rue avec sa famille. Il chercha évidemment l’appui de son beau-frère mais la porte de celui-ci restait désespérément close. Le beau-frère alla même jusqu’à faire rosser le marchand par ses esclaves sous prétexte qu’il risquait d’attirer la ruine et le malheur sur sa maison.

trangement, le beau-frère se retrouva acquéreur d’une importante quantité de soieries de l’Ouest quelques jours plus tard. Soieries qu’il déclara provenir d’un marchand itinérant. Personne n’en fut dupe, et tous comprirent qu’il avait détourné le bateau de sa route et empoché la cargaison à son profit. Pourtant, les preuves manquaient et le marchand ne pu porter l’affaire devant les tribunaux. De toute manière, qui aurait pu vouloir défendre un homme ruiné.

court de ressources, le marchand décida de retourner auprès de sa famille qui vivait dans les environs d’une autre cité, plus au cœur des terres. Jouant de malchance, il fut victime de brigands de grand chemin et lors de l’attaque, sa femme et ses deux filles furent enlevées, sûrement pour être vendues comme esclaves à un marchand de chair humaine. Le marchand fut lui-même grièvement blessé et ne du son salut qu’à l’intervention providentielle des dieux. Il fut finalement découvert à moitié mort dans un fossé et soigné par des cultivateurs de la région. Une fois rétabli, il termina son voyage et rentra dans sa famille.

ais l’homme qui arriva était un homme définitivement brisé, à qui la vie n’apportait plus aucun réconfort. Seule la vengeance lui importait. Mais que pouvait un homme de commerce ruiné face à un beau-frère en pleine expansion et gloire. Le marchand apprit l’existence d’un vieil alchimiste vivant sur les contreforts de Mirvas, le Mont des Merveilles qui pouvait rendre un homme fort au-delà de la force naturelle du plus puissant des lutteurs. Désespéré, le marchand s’adressa à l’alchimiste afin qu’il l’aide à réaliser sa vengeance. Mais l’alchimiste était, selon la légende, en commerce avec un Djinn qui lui fournissait les plus noires et maléfiques des recettes alchimiques.

’alchimiste eut donc recours aux connaissances du Djinn pour créer la liqueur noire, liqueur qui donne à tout homme la force d’un Djinn et la rage d’une panthère écarlate des monts Soualnimir. Le marchand ne se douta de rien et but la liqueur noire. En quelques minutes, il fut dévoré par le feu noir et entra dans une rage noire. Tout son corps se transformait et son visage devenait de plus en plus bestialement hideux. Apercevant celui-ci, il se laboura la chair de ses mains, ne ressentant plus aucune douleur. L’alchimiste lui donna un voile afin de cacher ses traits défigurés et lui dit d’aller accomplir sa vengeance.

e marchand, sans visage et brûlé par le feu noir se rendit d’une traite au domicile de son beau-frère. Là où un homme met quelques semaines de voyages, la légende veut qu’il arriva en quelques soleils, marchant jour et nuit à la vitesse d’un cheval au galop, ne ressentant ni faim, ni soif ni fatigue … Une fois devant la maison de son beau-frère, il défonça la porte et le massacre commença. Quiconque se dressait sur son passage se voyait immédiatement mis à mort à mains nues. Finalement, le marchand arriva devant son beau-frère et démembra celui-ci de la plus cruelle des façons.

ne fois sa vengeance achevée, le marchand Sans-Visage s’assit et attendit la mort. Mais le feu noir fut plus fort que lui. Le feu continua à la ronger et le besoin d’une nouvelle dose de liqueur noire se fit sentir, insidieux et oppressant. C’est presque instinctivement qu’il retourna auprès de l’alchimiste pour y reprendre une dose.

’alchimiste n’était pas dupe, il avait compris tout l’intérêt de posséder un homme tel que ce Sans-Visage à ses côtés. Il proposa donc de fournir une dose en échange de la mise à son service du Sans-Visage. Celui-ci, embrumé par la brûlure du feu noir, ne pu refuser et se mit au service de l’alchimiste.

’est ainsi que l’on raconte que le premier Sans-Visage vit le Soleil. La réalité actuelle dans les Etats-Marchands est bien moins féerique, les Sans-Visages sont des Tharbians ayant reçu un entraînement au combat extrêmement poussé et sont sous l’effet constant de drogues à hautes doses.

Extraits du livre " Conversations " de l’érudit Ilmad Ibn Fathaoui, traduit du tharbian par Iassim Al Trahaïr

GAROU 2017