Les Chroniques d'Arkhan

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Critique de la Guilde et de la Magiocratie

Devine qui vient dîner ce soir...

ssociation mercantile, organisation tentaculaire, société aux sombres desseins, secte… Depuis qu'elle existe, la Guilde défraye les polémiques pour y susciter autant de haine que de passion et ne laisse personne indifférent. Le but de cet écrit n'est pas d'apporter une pierre supplémentaire aux théories fumeuses qui courent au sujet de la Noble Institution. Si la Guilde a des secrets, elle est sûrement apte à les garder...

'objectif poursuivi ici est plutôt d'avancer une conception de l'utilité de la Guilde au regard de la Magiocratie au travers, non de ses objectifs et de ses moyens, mais bien de son fonctionnement et du système qu'elle génère.

e premier constat est celui-ci : qu'il soit zelmyan ou méréarque, noble ou laquais, doué ou inapte, il n'est pas un initié arkhante qui ne soit confronté à la Guilde. Celle-ci est partout, à tous les échelons du pouvoir, en toutes les cités et sur chaque front. La Guilde brasse la vaste communauté arcanique de la Magiocratie. Elle en est à la fois le corps et l'esprit.

our prétendre à une telle mainmise sur un pilier essentiel du pouvoir en la Magiocratie, il a fallu que la Guilde dispose d'un prérogative essentielle sans laquelle elle ne serait rien : le monopole. Assuré par la loi et toute la coercition dont est capable la Magiocratie, ce monopole lui a permis de mettre au point un système de noyautage efficace de la communauté arcanique.

u demeurant fort simple, la loi sur le monopole ne touche que les composantes et fioles exclusivement arcaniques. On pourrait dès lors imaginer que l’initié peut s’accommoder très facilement de cette mesure coercitive et développer son art avec une grande liberté. C’est ne voir en ce monopole que ses conséquences commerciales et non la fabuleuse machine à réguler les arcanes au sein de la Magiocratie. Les composantes sont à la base de toute pratique arcanique, et quiconque souhaite vivre de son art doit s’en procurer fréquemment. Les prix pratiqués par la Guilde avantagent ses membres qui les répercutent au niveau des coûts de leurs services. Comme la Guilde contrôle les coûts de base, elle contrôle tout ce qui en dépend… par l’argent.

La Guilde n’a pas d’odeur

e résultat de ce système est l'attraction presque irrésistible qu'exerce la Guilde sur les initiés. Attirés vers elle comme le sont les phalènes par la lueur des bougies, ils se pressent à son portillon, conscients ou non de ne pas avoir d'autres choix. Mais pour prétendre accéder au saint du saint et même pour faire usage de son savoir, il lui faut des lüns ; le parcours initiatique du magicien suivra dès lors deux voies parallèles : celui de la Guilde et celui de l'argent.

ais de l'argent, il en faut beaucoup, tout le temps et en tout lieu. L'initié n'aura donc de cesse de se mettre en quête de cet aliment essentiel à sa soif de savoir. Cependant, le gibier est rare et puisqu'il est rare mais vital, sa quête devient pour ceux qui la suivent une obsession. L'initié est donc avide, son besoin le rend frénétique… Un sol darde-t-il ses rayons qu'il fait venir à lui des cohortes d'initiés, lippes pendantes et regards suppliants.

ette vénale réalité a pour conséquence qu'un initié sera individualiste, avare, dévoyable et corruptible à souhait. L'argent exerce sur sa vertu bien plus d'érosion qu'aucune autre promesse. Il en viendrait même à confondre cette voie de substitution à celle des arcanes qui pourtant justifie ce comportement.

'utilisation du savoir arcanique devient lui-même l'objet de tractations. Le quanta se vend, le sortilège s'évalue comme une vulgaire gemme, les composantes sont l'objet de spéculations. A ce titre, il est vrai qu'un tel esprit laisse transparaître de la Guilde une identité presque exclusivement commerciale. Mais n'est-ce pas plutôt l'expression de la conséquence d'un mode de fonctionnement que l'essence primitive de l'institution ? Ne voir que cela en la Guilde n'est-ce pas prendre les défauts pour les qualités ?

n tel système apparaît sous ce jour cru comme absurde, voire inopérant. Le commerce permanent des choses arcaniques ne serait-il pas incompatible avec les buts politiques de la Magiocratie ? A lecture de ce qui précède, on pourrait penser que la communauté arcanique n'est jamais qu'un malstrom irrationnel, un sac de nœuds, une girouette qui balance au gré des vents financiers.

De la Guilde comme corset

ais en vérité, ce qui semble être un dissolvant est un ciment. Grâce aux astres sonnants et trébuchants, la Guilde dispose d'un moyen de contrôle absolu sur les initiés. Par son pouvoir financier, elle dispose sur eux d’un levier important, eux qui se comportent envers elle comme des mercenaires. Toutes les missions sont bonnes à prendre et généralement rétribuées sous la forme de crédit auprès de ses services. Située en aval du fleuve des magiciens, elle est aussi à son amont. Elles les stimulent par ses promesses et ses rétributions pour mieux les rabattre dans ses filets.

ais l’initié ne serait-il alors pas tenté d’offrir ses services au tout venant ? Bien sûr, et sans doute le fait-il. Mais si l’objet de son contrat va à l’encontre de la Guilde, et par là, à l’encontre de la Magiocratie, il prend le risque de déplaire à son créancier naturel.

ne fois dans l’engrenage, il est difficile pour l’initié guildien de s’en extraire. Car non content d’être marchand absolu des choses de magie, la Guilde est aussi usurière. Elle prêtera à celui qu’elle estime digne de cet honneur et peut même prêter beaucoup. Prêter pour quoi ? Mais, diantre ! Pour lui acheter ses services pardi ! Enchaîné à son goût de l’art magique, l’initié s’enchaînera bien plus encore à l’institution dont il sera dorénavant un membre actif, motivé et bien en laisse.

e rapide brossage d’un tableau peu idyllique est imparfait. Sans doute faudrait-il aussi passer en revue les conséquences de la compétition qu’opèrent entre eux les initiés. Celui-là rentre-t-il à la guilde que celui-ci s’en estime lésé car, il y a dans ce passage beaucoup moins de science que de solvabilité. Le mérite en revient à la bourse et c’est un étalon auquel tous peuvent prétendre se mesurer.

La Guilde et la Magiocratie

ais à nouveau, n’y voyons là qu’une manière, certes peu galante, de s’établir. La Guilde n’est fondamentalement pas une association mercantile. Elle est avant tout un magnifique attelage que chevauchent la Magiocratie et l’Archimage. Si elle était à ce point vouée au commerce et motivée par l’argent qu’est-ce qui empêcherait la Guilde de se vendre aux ennemis de la Magiocratie, aux nobles dissidents ou au premier nanti venu ? Inconcevable n’est-ce pas ? Et pourtant, ne serait-ce pas là sa vocation car, si elle vend ses composantes, ses apprentissages et ses enseignements, pourquoi la Guilde ne commercerait-elle pas ses services et ceux de ces cercles les plus puissants ?

lle ne le fait pas parce qu’elle agirait ainsi à sa propre encontre. La Guilde est la Magiocratie. L’une assure à l’autre le monopole en échange de sa plus parfaite soumission. Si les deux sont séparés, c’est vraisemblablement plus pour justifier une prétendue indépendance commerciale - et donc des prix prohibitifs dont les conséquences sont énoncées plus haut - que pour coller à la réalité. D’ailleurs, est-il concevable d’imaginer que la Magiocratie, si avare de largesse, assure un tel monopole à des marchands sans en attendre un juste retour ? Finalement la séparation pudique des deux institutions permet surtout à Kalinor de se laver les mains face aux reproches qu’on pourrait faire à la Guilde.

ne remarque encore. La motivation profonde de ce système n’est pas non plus de juguler le développement magique même si cela peut le provoquer. Si tel était le cas, la Guilde aurait aussi le monopole du premier enseignement, celui qui fait d’un quidam un initié. Or, cela n’est pas le cas. La magie s’apprend partout et jouit même d’un court espace de liberté, celui qui sépare l’initié du mage spécialisé, suffisant pour laisser se développer la communauté arcanique sans presque aucune limite. Suffisant aussi pour donner le goût de l’art et laisser entrevoir une brève partie du possible en ce domaine.

n vérité, grâce au système guildien, la Magiocratie contrôle l’ensemble de la communauté arcanique et la fait agir à sa guise. Pouvant influer sur les actes, le devenir, les motivations et les rêves des initiés, elle est la maîtresse absolue des choses magiques. Ceci est tellement vrai que c’est naturellement admis mais l’énoncer fait mauvais genre. Et pourtant, la Magiocratie est bien une magiocratie...

Remarques en guise de conclusion

’objet de ce document n’était donc pas d’échafauder les pires théories sur ce que fait la Guilde mais bien sur ce qu’est la Guilde par rapport à la Magiocratie. Cependant, soyons clair, il ne s’agit pas non plus de vanter les mérites des autres manières de gérer la magie, telles qu’elles peuvent être pratiquées ailleurs.

arlons par exemple de l’Alliance d’Umath. En son sein, il n’y a pas de Guilde, il n’y a pas non plus de structures. Tout est à l’inverse du Sud, il ne faut vraisemblablement pas payer ni justifier son savoir. Mais si en Magiocratie la vie de l’initié est régulée tant par la loi que par l’argent, au Nord, rien ne la canalise. Si la puissance est dès lors moins inaccessible, l’ensemble n’en est pas moins très volatile. Un sorcier suivra sa propre voie et non celle de l’Alliance d’Umath, à celle-ci de lui convenir. Pour le Sud tout est inverse, l’initié suivra la voie de la Guilde et à lui de lui plaire...

ans doute l’idéal se situe-t-il entre les deux. Mais voilà l’objet d’une autre réflexion qui n’a de raisons d’être qu’à partir du moment où ceux qui sont concernés acceptent qu’il y ait problème...

Auteur brazélite anonyme
Anno 1608
Khantalorean.

GAROU 2017